« 18 octobre 1847 » [source : MVH, α 7987], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4300, page consultée le 02 mai 2026.
18 octobre [1847], lundi matin, 7 h. ¼
Bonjour, mon petit homme, bonjour, mon grand artiste, bonjour, le plus complet des
Toto, bonjour qu’on vous dit, dans l’espoir que vous êtes de plus en plus satisfait
de
l’état de votre chère femme. Cependant je ne dois pas vous laisser ignorer que je
me
regarde comme flouée par vous hier au soir et que j’exigerai
que vous me rabibochiez pas plus tard que ce soir, du trop peu de temps que vous ne
m’avez pas donné puisque vous l’avez employé à faire je ne sais quelle correspondance.
C’est bien le moins que vous me donniez quelques pauvres petites minutes franches
de
tout gribouillis.
À propos de gribouillis, je vous dirai que vos dessins me
paraissent très beaux et que je viens de les serrer très précieusement parce qu’ils
sont secs. Ne pouvant pas prétendre à en avoir de ceux-là, je vous supplie de me faire
le mien le plus tôt possible afin que je m’en fasse honneur
tout de suite. Vous savez que je suis toujours très pressée de jouir de mon bien,
aussi vous ne vous étonnerez pas si je persiste, si je vous tourmente et si je vous
canule1 pour
avoir mon dessin très vite. Cher adoré, c’est surtout pour mettre à l’épreuve ton
inépuisable douceur et ta grâce affable sur lesquelles je ne me blaserai jamais.
Juliette
1 Populaire : obséder, importuner (GDU).
« 18 octobre 1847 » [source : MVH, α 7988], transcr. Michèle Bertaux et Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4300, page consultée le 02 mai 2026.
18 octobre [1847], lundi après-midi, 1 h. ½
Enfin nous pouvons chanter VICTOIRE car il paraît que tout danger a définitivement
disparu et qu’il n’y a plus l’ombre de fièvre1. Bientôt,
très bientôt, on mangera comme plusieurs ogresses et nous serons tous bien heureux
si
j’en crois les nouvelles de ce matin. Il ne faut plus penser aux angoisses passées,
si
ce n’est pour rendre plus sensibles et plus éclatantsa encore notre tranquillité et notre
bonheur présents.
Maintenant, mon cher petit bien-aimé, je ne serais pas fâchée
de faire avec toi une petite promenade un peu moins triste que les dernières que nous
avons faites. Dans cette intention, je vais me dépêcher de faire mes affaires et de
m’habiller, dans le cas où tu serais disposé à me faire sortir. J’ai un peu mal à
la
tête mais cela ne sera rien.
Je t’ai déjà dit ce matin que tes dessins étaient
très beaux, je te le répète et même je suis prête à te donner de mon fameux papier
si
tu veux m’en donner un sinon de ceux-là, du moins m’en faire un tout de suite. Je
dis
tout de suite parce qu’avec toi CRÉDIT EST MORT et que ce
serait duperie que de compter sur ta promesse pour le ressusciter. Donnant donnant,
voilà ma générosité à moi. Si cela te va, je mets mon album à ta disposition pour
prendre et pour recevoir. Surtout POUR RECEVOIR.
Juliette
1 Mme Hugo est guérie de la fièvre typhoïde.
a « plus sensible et plus éclatant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
